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Le 08/02/2006 à 17 h 37 par Delphine Soulas
Mc Do au quotidien ? Difficile pour le client de s'en faire une idée. Delphine Soulas, notre collaboratrice, s'est donc fait embaucher. Voyage au cœur d'une des plus grandes multinationales…
Vendredi, 8h50. Comme une dizaine d'autres jeunes, j'attends au 8 boulevard de la Madeleine que la porte s'ouvre. C'est la « journée d'intégration » m'a-t-on expliqué. En tant qu'étudiante, je connais bien ce genre de rituel, mais je doute que Mc Do en ait la même définition. Effectivement, pendant 4 heures, on nous présente diverses vidéos vantant l'entreprise et nous expliquant nos futures missions. Accueil en caisse, temps d'attente du client, sans oublier le célèbre SBAM (sourire, bonjour, au revoir, merci). Ceux qui travailleront en cuisine ne sont pas plus oubliés, avec notamment des vidéos sur la cuisson des steaks et les normes d'hygiène. Des règles bien théoriques, appliquées de façon beaucoup moins scrupuleuse en restaurant. Vient ensuite l'heure de signer nos contrats et d'essayer nos uniformes. Je repars de là un petit sac Mc Do à la main. Ce que je ne savais pas encore, c'était que pendant six semaines j'allais non seulement vendre Mc Do, mais aussi manger Mc Do, et même penser Mc Do, surtout dans mon sommeil.
Quelques jours plus tard, je découvre mon nouveau lieu de travail : un comptoir, un ordinateur, un « bin » (à peine arrivée, je commence déjà à parler Mc Do), le présentoir où l'on met les hamburgers prêts, une fontaine à sodas… Heureusement, une autre « équipière » est là pour m'apprendre le métier. Première étape : la prise de commande. En tant que consommateur, cela paraît simple : un Big Mac, des frites et un Coca. Mais entre ceux qui ont la carte Imagine'R, ceux qui veulent un Orangina sans glace, ceux qui commandent un Filet-O-Fish sans sauce et ceux qui finalement veulent de la sauce curry et non barbecue avec leurs Nuggets, il y a vraiment de quoi attraper la migraine, surtout quand on n'a pas l'habitude. Le client est en train de payer, à moi maintenant de préparer sa commande. D'après la matinée de formation, on est un bon équipier quand on arrive à ne faire qu'un seul trajet par menu. Dans une main, la boisson, dans l'autre le hamburger, et comme je peux, les frites. Inévitablement, les frites tombent par terre. Je me dépêche donc de finir la commande du client pour courir chercher la mop (traduction Mc Do : la serpillière) et nettoyer le sol au plus vite. Bientôt, ma formation se termine. Me voilà donc toute seule face à mon écran et à mes clients. Je termine la journée en sueur, la tête prête à exploser.
Mais après quelques jours, je suis déjà une pro. Le client préfère finalement des Deluxe Potatoes à la place des frites ? En deux clics sur l'écran, l'affaire est réglée, et avec le sourire. J'en arrive même à conseiller les clients et à leur détailler la composition des hamburgers, moi qui n'avais pas mis les pieds dans un Mc Do depuis au moins 5 ans. Les commandes sont parfois des plus farfelues : un client japonais atteint d'un gros rhume me demande de l'eau minérale chaude, tandis qu'une cliente se disant allergique commande un Big Mac… sans pain !! Eclat de rire en cuisine, mais sa commande est finalement satisfaite. Et puis il y a les clients qui font attention à leur ligne, mais pas toujours jusqu'au bout. Un jour, une dame relativement forte commande une salade avec un Coca, « light s'il vous plait ». Puis l'air un peu honteuse, elle demande presque en catimini un McFlurry, « avec pleins de M&M's », soit plus de 600 calories rien que pour la glace ! Il y a aussi les habitués, comme cette dame qui tous les après-midi vient chercher son cône de glace. A quelques exceptions près, cela s'est toujours bien passé avec mes clients.
Je ne peux cependant pas en dire autant de mes relations avec les autres équipiers. Avec les managers, pas de problème. Jamais absente, toujours à l'heure, ne faisant que peu d'erreurs de caisse, j'ai vite été perçue comme une équipière modèle. Mais avec les employés des cuisines, les altercations n'étaient pas rares. Un exemple : d'après les normes Mc Do, les hamburgers sont jetés après 10 minutes d'attente, histoire qu'un produit à moitié froid ne soit pas servi aux clients. Pourtant, lorsqu'un équipier est chargé de cette mission, ceux des cuisines ne supportent pas toujours de voir tous leurs sandwichs jetés. A nous en caisse de faire patienter le client, le temps que ceux des cuisines acceptent de refaire les hamburgers jetés. Il n'est pas rare que dans ce cas, le client attende une dizaine de minutes, même en dehors des périodes de forte affluence (dites période de « rush » en langage Mc Do). De quoi décourager les équipiers de prêter attention aux temps d'attente des hamburgers.
On dit aussi que Mc Do paie mal. Dès la « journée d'intégration », les choses sont claires : pas de majoration le soir, le dimanche, ni les jours fériés. Tout le monde est payé de la même façon : 8,03 € brut de l'heure. Le minimum légal. Assez fréquemment, on demande aux employés de rester plus longtemps que prévu, mais les heures de travail étant comptées par une pointeuse, toutes les heures travaillées sont payées. Pour 122 heures de travail par mois, j'ai donc touché 769 euros net, soit 6,3 euros net de l'heure. Pas de quoi aller au resto tous les jours, mais un salaire qui correspond à ce que touchent la plupart des jeunes travailleurs à temps partiel. Les travailleurs précaires, comme on dit souvent. Mais là-dessus, rien à dire. J'ai signé le contrat…
Six semaines plus tard, c'est sans aucune tristesse que j'ai rendu mon uniforme. Un manager m'a alors demandé si je souhaitais continuer à travailler au Mc Do en parallèle de mes études. Ma réponse fût catégorique : NON ! Reste qu'en cas de besoin, Mc Do peut être bien pratique. Chaque année, quelque 1 500 personnes tombent sous le charme de la géante sirène américaine.
source: marianne-en-ligne.fr
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